Le plan blanc est un dispositif de gestion de crise que le directeur d’un établissement de santé met en œuvre en cas d’afflux massif de patients ou de situation sanitaire exceptionnelle. Il le déclenche soit de sa propre initiative, soit à la demande du directeur général de l’Agence régionale de santé. Le préfet, lui, ne déclenche pas le plan blanc directement : il peut demander au directeur général de l’ARS d’en faire mettre en œuvre le niveau de réponse. Vous savez maintenant qui déclenche le plan blanc, mais allons plus loin.
Les experts CriseHelp sur ce sujet

Infirmier, référent de mission et formateur à la Réserve sanitaire de Santé publique France. Coordinateur de cellule de crise.

Médecin urgentiste, spécialiste des situations sanitaires exceptionnelles. Mission COREB, médecine de catastrophe.
Rédigé par Benoît Labalette · Mis à jour le 29 août 2026 · CriseHelp fédère 17 experts indépendants
Conformément à l’article L. 3131-7 du Code de la santé publique, chaque établissement de santé doit disposer d’un plan détaillant les mesures à mettre en œuvre en cas d’événement perturbant l’organisation des soins. Son déclenchement permet de mobiliser sans délai les médecins, infirmiers, aides-soignants, agents des services hospitaliers (ASH), ainsi que le personnel technique et administratif nécessaire, et d’activer les ressources matérielles indispensables à la continuité des soins.
Nos experts CriseHelp, Hélène COIGNARD, médecin urgentiste, et Sébastien JACOB, cadre infirmier spécialisé dans les situations sanitaires exceptionnelles, connaissent bien les rouages du déclenchement du plan blanc, essentiel à l’adaptation rapide des structures hospitalières.
Qui déclenche le plan blanc et comment se met-il en œuvre face à une crise sanitaire ?
Le plan blanc est un dispositif d’urgence qui permet à un établissement de santé de faire face à un afflux massif de patients ou à une situation exceptionnelle. Lorsqu’il est déclenché, une cellule de crise interne est constituée sans délai et prend en charge la coordination des actions à mener.
Parmi les premières mesures : le rappel du personnel, la réaffectation des soignants, l’ouverture de lits supplémentaires, la réquisition de ressources logistiques, ou encore la déprogrammation des actes médicaux non urgents. L’objectif est clair : renforcer les capacités de l’établissement, protéger les équipes et garantir la continuité des soins dans un contexte critique. sante.gouv.fr
Directeur, ARS, préfet : qui décide exactement ?
C’est le directeur de l’établissement de santé qui met en œuvre le plan blanc, et lui seul. L’article R. 3131-11 du Code de la santé publique est explicite sur la chaîne de décision, et elle est plus subtile que ce qu’on lit souvent.
Le directeur d’établissement déclenche le plan, soit de sa propre initiative, en informant sans délai le directeur général de l’ARS, soit à la demande de ce dernier.
Le directeur général de l’ARS peut demander la mise en œuvre du niveau de réponse « plan blanc ». Il informe sans délai le préfet de tout déclenchement, sauf lorsque c’est le préfet lui-même qui en est à l’origine.
Le préfet n’a pas de pouvoir de déclenchement direct sur un établissement de santé. Le texte lui reconnaît la faculté de « demander au directeur général de l’agence régionale de santé la mise en œuvre du niveau de réponse Plan blanc ». La nuance n’est pas théorique : elle détermine qui porte la responsabilité de la décision, et à qui s’adresser en situation réelle.
L’Agence régionale de santé joue par ailleurs un rôle pivot au-delà du déclenchement : coordination régionale, répartition des ressources médicales et facilitation de la prise en charge des patients sur l’ensemble du territoire. Le préfet, de son côté, conserve un pouvoir propre de réquisition de professionnels et d’établissements, sur proposition du directeur général de l’ARS, au titre de l’article L. 3131-8 du même code.
Ce que le décret du 3 janvier 2024 a changé
Le cadre réglementaire du plan blanc a été entièrement restructuré par le décret n° 2024-8 du 3 janvier 2024, en vigueur depuis le 6 janvier 2024. Trois évolutions méritent d’être connues, car une grande partie de la documentation disponible en ligne est restée sur le cadre antérieur.
Le plan blanc est devenu le niveau 2 d’un dispositif gradué. Les articles R. 3131-10 et R. 3131-11 organisent désormais un plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles à deux niveaux : un niveau 1, dit plan de mobilisation interne, pour les tensions, et un niveau 2, le plan blanc, pour les situations sanitaires exceptionnelles. L’ancienne sous-section consacrée au plan blanc a cessé d’être en vigueur le 6 janvier 2024.
L’expression « plan blanc élargi » a disparu du droit positif, et pas en 2024. Les articles qui la portaient, R. 3131-6 et R. 3131-7, ont été abrogés par le décret n° 2016-1327 du 6 octobre 2016. Elle reste très employée dans la doctrine, les formations et la presse, mais elle ne correspond plus à un dispositif nommé par les textes. Ce qu’elle recouvrait se retrouve aujourd’hui dans deux mécanismes distincts : la réquisition préfectorale (L. 3131-8) et le plan zonal de mobilisation (R. 3131-12 et suivants).
Le mot « plan blanc » a lui-même quitté le niveau législatif. Depuis la loi du 24 juillet 2019, l’article L. 3131-7 ne le nomme plus : il impose un plan sans l’intituler. Le terme subsiste au niveau réglementaire et dans l’usage professionnel. C’est une subtilité utile à connaître quand on cherche le texte fondateur et qu’on ne le trouve pas.
Le plan blanc doit-il être révisé, et à quelle fréquence ?
Oui, tous les ans, et la révision doit s’appuyer sur des exercices. L’article R. 3131-10 l’écrit noir sur blanc : le plan est évalué, notamment sur la base d’exercices, et révisé chaque année. Ce n’est pas une bonne pratique recommandée, c’est une obligation réglementaire.
Le contenu attendu est lui aussi cadré : organisation de la cellule de crise, procédures de gestion, modalités de continuité d’activité, conditions de déclenchement et de levée, ressources en produits de santé et formation du personnel. Le plan est adopté par le directeur après avis du directoire ou de l’instance délibérante, de la commission médicale d’établissement et du comité technique d’établissement, puis transmis au directeur général de l’ARS et au SAMU.
C’est sur ce point que la plupart des établissements décrochent : le plan existe, il est formellement adopté, mais il n’a pas été éprouvé. Un exercice de crise est le seul moyen de vérifier que la chaîne de décision, l’annuaire de crise et les procédures de rappel fonctionnent réellement le jour venu.
Un précédent : l’épidémie de grippe de janvier 2025
En janvier 2025, une épidémie de grippe particulièrement virulente a conduit, selon les chiffres rapportés par la presse à cette date, 87 hôpitaux français à déclencher leur plan blanc. Ces déclenchements ont permis de mobiliser du personnel supplémentaire, de renforcer les urgences et de déprogrammer les interventions non prioritaires.
Ce cas rappelle que le plan blanc n’est pas réservé aux crises exceptionnelles comme les attentats ou les pandémies : il s’applique aussi à des pics saisonniers, dès lors que la situation met en tension les capacités d’accueil d’un établissement.
Précision de méthode : il n’existe à ce jour aucune statistique publique nationale recensant les déclenchements de plans blancs en France. Les chiffres qui circulent, y compris celui-ci, proviennent de relevés de presse ponctuels et non d’un décompte officiel consolidé. france24.com
Pour approfondir les mécanismes de gestion de crise en établissement de santé, le ministère de la Santé propose des ressources détaillées sur le plan blanc et ses modalités d’application. sante.gouv.fr
Références légales
¹ Article L. 3131-7 du Code de la santé publique : obligation, pour chaque établissement de santé, de disposer d’un plan détaillant les mesures à mettre en œuvre en cas d’événement perturbant l’organisation des soins.
² Article R. 3131-11 du Code de la santé publique : conditions de mise en œuvre et chaîne de décision entre directeur d’établissement, directeur général de l’ARS et préfet. L’obligation d’évaluation et de révision annuelles figure, elle, à l’article R. 3131-10.
³ Décret n° 2024-8 du 3 janvier 2024 relatif à la préparation du système de santé aux situations sanitaires exceptionnelles, en vigueur depuis le 6 janvier 2024. Il remplace le cadre issu du décret n° 2005-1157 du 13 septembre 2005, auquel de nombreuses ressources en ligne se réfèrent encore.
Vous souhaitez en apprendre plus ?
Vous pouvez télécharger le guide d’aide à l’élaboration des plans blancs et retrouver de nombreuses informations sur le site du ministère de la santé ou tout simplement contacter nos experts.
Les étapes du déclenchement du plan blanc
1. Surveillance et détection
- Indicateurs de tension : suivi quotidien des flux de patients, taux d’occupation des lits, délais aux urgences.
- Acteurs : cellule de veille interne de l’établissement, en lien avec le SAMU et l’ARS.
2. Pré-alerte
- Déclenchement : en cas de situation inhabituelle (afflux massif de patients, catastrophe, épidémie).
- Acteurs : directeur de l’établissement, en lien avec l’ARS.
3. Activation du plan blanc
- Décision : prise par le directeur de l’établissement, de sa propre initiative ou à la demande du directeur général de l’ARS. Le préfet peut être à l’origine de cette demande, qu’il adresse à l’ARS et non à l’établissement.
- Mesures : mise en place de la cellule de crise, mobilisation du personnel, réorganisation des soins.
4. Communication et coordination
- Interne : information et briefing du personnel mobilisé.
- Externe : coordination avec l’ARS, le SAMU, les autorités locales et les établissements partenaires.
5. Levée du plan blanc
- Condition : stabilisation de la situation et retour à une capacité d’accueil normale.
- Suites : débriefing des actions menées, retour d’expérience et mise à jour du plan, qui alimente la révision annuelle obligatoire.

Questions fréquentes
Qui déclenche le plan blanc dans un hôpital ?
Le préfet peut-il déclencher un plan blanc ?
Quel article de loi fonde le plan blanc ?
Le plan blanc élargi existe-t-il encore ?
À quelle fréquence le plan blanc doit-il être mis à jour ?
Quelle différence entre plan blanc et plan bleu ?
Combien de plans blancs sont déclenchés chaque année en France ?
Nous sommes à votre écoute pour préciser votre besoin.
Nos experts et consultants indépendants sont en mesure de vous accompagner de A à Z dans l’évaluation de vos risques pour anticiper les crises.
Sources et références
- Code de la santé publique, article L3131-7
Obligation, pour tout établissement de santé, de disposer d'un plan face aux situations sanitaires exceptionnelles.
- Code de la santé publique, article R3131-11
Qui déclenche le plan blanc : le directeur, de sa propre initiative ou sur demande du directeur général de l'ARS.
- Code de la santé publique, article R3131-10
Les deux niveaux (mobilisation interne et plan blanc), le contenu du plan et sa révision annuelle par exercices.
- Décret n° 2024-8 du 3 janvier 2024
Réforme entrée en vigueur le 6 janvier 2024.
Textes consultés et vérifiés le 29 août 2026 dans leur version en vigueur.
